Le rapport de la commission de M. Blair
soutient le NEPAD et lUnion Africaine
La Commission pour lAfrique, un groupe
de 17 individus réunis lannée dernière par le Premier
Ministre de Grande-Bretagne, M. Tony Blair, vient de publier son premier rapport,
dont voici un extrait tiré de lintroduction :
Lannée qui sannonce sera dune très grande
importance pour lAfrique. En 2005, le Monde évaluera les progrès
effectués en ce qui concerne lengagement remarquable que celui-ci
sest imposé en 2000. Les Objectifs de Développement du
Millénaire avaient pour but la réduction de moitié de
la pauvreté dici lan 2015. Mais nous avons maintenant parcouru
un tiers du parcours, et les pays riches ne respectent pas cet engagement
envers le monde pauvre. Cela ne peut être plus clair quen Afrique,
où le Monde a le moins tenu ses solennelles promesses. Nous devons
agir maintenant pour changer la situation.
Mais tout nest pas négatif. Car 2005, cest également
lannée où il deviendra clair au monde extérieur
que les choses sont en train de changer sur le continent les gouvernements
africains affichent une nouvelle vision, à la fois individuellement
et en travaillant ensemble par le biais de lUnion Africaine et de son
programme du Nouveau Partenariat pour le Développement de lAfrique
(NEPAD).
Il semblerait quenfin, lAfrique va pouvoir réussir.
Pauvreté et inertie les plus
grandes tragédies de notre temps
Le rapport dactivité sommaire du rapport en question indique
les éléments suivants :
La pauvreté et linertie sur le continent africain sont la plus
grande tragédie de notre époque. La pauvreté, à
une telle échelle, exige une réaction forte. Et lAfrique
aux niveaux national, régional et continental crée
actuellement des fondations beaucoup plus solides pour résoudre ses
propres problèmes.
On a pu voir lors des dernières années des améliorations
dans la croissance économique et dans le domaine de la gouvernance.
Cependant, lAfrique doit posséder davantage de ces deux éléments
afin de résoudre le problème de la pauvreté. Il faut
pour ce faire un partenariat entre lAfrique et le monde industrialisé
; ce partenariat devra prendre en compte la diversité et les circonstances
particulières du continent.
LAfrique doit pour sa part accélérer ses réformes
; le monde développé doit augmenter et améliorer son
assistance et il doit également cesser de prendre des décisions
qui freinent les progrès de lAfrique.
Les actions proposées par la Commission constituent un ensemble cohérent
pour le continent. Les problèmes quelles entendent traiter sont
liés intimement entre eux et doivent être envisagés dans
leur ensemble.
Pour ce faire, lAfrique doit montrer un regain dénergie
complet et simultané sur plusieurs fronts. Les partenaires doivent
uvrer ensemble pour mettre en place cet ensemble dactions avec
engagement, persévérance et diligence ; chacun de ces partenaires
se concentrera activement sur la manière dont ils peuvent apporter
leur contribution.
Des systèmes fonctionnant de manière
adéquate : gouvernance et amélioration des formations
Lhistoire de lAfrique des cinquante dernières années
a été marquée par deux principales faiblesses. Il sagit
de la formation, des compétences la capacité à
concevoir et à mettre en pratique des politiques, des orientations
- et de la responsabilité et de limputabilité cest
à dire la manière dont un état réagit aux besoins
de son peuple. Des améliorations dans ces deux domaines sont avant
tout la responsabilité des pays et peuples africains. Mais lintervention
des nations riches est également nécessaire.
La formation des individus est une activité exigeant beaucoup de temps
ainsi quun énorme engagement. La faiblesse des compétences
est la conséquence de systèmes et de motivations inadéquats,
de mauvaises informations, de lincompétence technique, de personnel
non formé et de manque dargent.
Nous recommandons que les donateurs investissent massivement pour améliorer
la capacité de lAfrique, en commençant avec son système
déducation supérieure, surtout dans le domaine des sciences
et de la technologie.
Les donateurs doivent aider à construire des systèmes et à
former du personnel dans les gouvernements nationaux et au sein des collectivités
locales, mais également dans les organisations panafricaines et régionales,
particulièrement au sein de lUnion Africaine et de son programme
NEPAD.
Les donateurs doivent changer leur attitude et doivent soutenir les priorités
nationales des gouvernements africains plutôt que de permettre à
leurs propres procédures et à leur enthousiasme spécifique
de gêner la construction de la capacité dun pays.
Lamélioration de limputabilité, où de la
notion de responsabilité, est la tâche des dirigeants africains.
Ces derniers peuvent accomplir ceci en accueillant la participation des individus
ordinaires au niveau des processus gouvernementaux, en renforçant par
exemple les institutions telles que les parlements, les collectivités
locales, les syndicats, le système judiciaire et les médias.
Les donateurs peuvent contribuer à ce processus également. Ils
peuvent de même aider à concevoir des processus budgétaires
responsables afin que les Africains puissent voir comment largent est
collecté et où celui-ci est dirigé.
Sans progrès dans le domaine de la gouvernance, toutes les autres
réformes nauront quune incidence limitée.
Paix et Sécurité : des besoins
primordiaux
Le cas le plus extrême déchec de la gouvernance, cest
la guerre. LAfrique a connu plus de conflits violents que tout autre
continent lors des quatre dernières décennies. La situation
sest améliorée dans de nombreux pays, mais les conflits
violents sont ailleurs le plus important obstacle au développement.
Investir dans le développement, cest investir dans la paix.
La manière la plus efficace de traiter les conflits pour épargner
des vies et de largent est de former les sociétés
et états africains afin de prévenir et de gérer les conflits.
Cela signifie quil sagit dutiliser laide de meilleure
manière pour traiter les causes du conflit.
Les organisations régionales africaines et lONU peuvent aider
à prévenir et à résoudre les conflits lorsque
les tensions ne peuvent plus être gérées au niveau national,
par le biais par exemple de mécanismes dalerte précoce
efficaces, par la médiation et par la maintenance de la paix. Les donateurs
peuvent soutenir ceci en fournissant un financement flexible à lUnion
Africaine et aux organisations régionales du continent ; ils pourront
également soutenir la création dune commission de construction
de la paix de lONU.
La coordination et le financement du développement et des activités
de construction de la paix dans laprès-conflit doivent être
améliorés afin de prévenir toute rechute chez les états
sortant dun conflit violent,.
Ne laissons personne derrière :
investir dans les individus
La pauvreté, cest bien plus quun manque de choses matérielles.
Les individus démunis sont exclus du processus de prise de décision
et des services essentiels que létat se doit de pourvoir. Les
écoles et cliniques doivent être mises à disponibilité
des individus les plus défavorisés du continent.
Il sagit là dune question vitale relative aux droits essentiels
de lhomme et à la justice sociale. Mais cest également
un principe économique logique : une main duvre qualifiée
et en bonne santé est plus productive, et réalise son potentiel
avec dignité. Investir dans la croissance économique, cela signifie
reconstruire les systèmes de léducation et de la santé
africains, qui sont en majeure partie sur le point de fermer leurs portes.
Cela exige un financement important, mais ce nest pas seulement une
question de ressources. Il sagit aussi de la réalisation, des
résultats, qui sont incroyablement renforcés lorsque les communautés
locales participent aux décisions qui les touchent.
Financer de manière adéquate lengagement de la communauté
internationale envers La Formation pour Tous permettra à tous les garçons
et filles de lAfrique subsaharienne davoir accès à
une formation essentielle qui les équipera des compétences pertinentes
pour lAfrique daujourdhui.
Lélimination de maladies évitables en Afrique dépend
par-dessus tout de la reconstruction des systèmes pour fournir au public
des services de santé afin de traiter efficacement des maladies telles
que la tuberculose et le paludisme.
La création des services nécessaires au traitement de la catastrophe
du VIH/SIDA, qui tue davantage dindividus en Afrique que dans le reste
du monde, doit être une priorité absolue. Mais cela doit être
effectué par les systèmes déjà en place et non
par la création de nouveaux systèmes parallèles.
Presque la moitié de laide supplémentaire que nous recommandons
devrait être réservée à la santé, à
léducation et au VIH/SIDA.
Vers la croissance et la réduction
de la pauvreté
LAfrique est en fin de compte pauvre car son économie na
pas connu de croissance. Les secteurs public et privé doivent travailler
ensemble pour créer un environnement propice à la libération
du potentiel dentreprise des peuples dAfrique, pour générer
des emplois et encourager les individus et compagnies, domestiques et étrangers,
à investir. Des changements dans la gouvernance sont nécessaires
pour rendre ce climat dinvestissement plus fort.
Le monde industrialisé doit soutenir le Programme du NEPAD de lUnion
Africaine afin de bâtir des partenariats public-privé, afin de
créer un climat plus propice à la croissance, à linvestissement
et à lemploi.
La croissance exigera également un massif investissement dans linfrastructure
pour détruire les barrières internes qui retiennent le potentiel
de lAfrique. Les donateurs devraient financer le dédoublement
des dépenses réservées à linfrastructure
des routes rurales et petits systèmes dirrigation aux
autoroutes régionales, chemins de fer, grandes centrales dénergie
et Technologies de lInformation et de la Communication (TIC).
Cet investissement doit inclure à la fois le développement
rural et lamélioration des bidonvilles sans lesquels les individus
défavorisés dAfrique ne sauront participer à la
croissance.
On se concentrera en particulier sur lagriculture et sur laide
aux petites entreprises, et surtout sur les femmes et les jeunes.
Afin que la croissance soit durable, la protection de lenvironnement
et le traitement des risques liés aux changements climatiques devront
faire partie des programmes des donateurs et gouvernements. Ce programme pour
la croissance occupera plus dun tiers des ressources supplémentaires
que nous proposons.
Davantage de commerce
mais un commerce
plus juste
LAfrique est confrontée à deux contraintes principales
en ce qui concerne le commerce. Le continent ne produit pas assez de biens
de qualité appropriée ou au prix adéquat
pour lui permettre de pénétrer les marchés mondiaux.
Il existe par ailleurs des obstacles commerciaux infranchissables qui, directement
ou indirectement, prélèvent un impôt sur les biens du
continent lorsque ceux-ci accèdent aux marchés des pays développés.
Afin daméliorer sa capacité commerciale, lAfrique
doit effectuer des changements de manière interne. Le continent doit
améliorer son infrastructure de transport pour réduire le prix
des biens à expédier. Les systèmes de tarifs doivent
être amoindris et simplifiés entre les pays africains. La bureaucratie
excessive, les lourdes procédures douanières ainsi que la corruption
des fonctionnaires doivent faire lobjet dune réforme. Louverture
dentreprises doit être facilitée. Lintégration
économique doit être améliorée au sein des communautés
économiques régionales du continent. Les donateurs peuvent aider
à financer ces changements.
Cependant, les nations riches doivent également supprimer les barrières
quelles ont érigées contre les biens africains, particulièrement
dans le domaine de lagriculture. Ces barrières blessent les citoyens
des pays riches et pauvres.
Les pays riches doivent abolir les primes commerciales injustes qui leur
sont versées pour lagriculture et pour le commerce agricole et
qui leur donnent un avantage injuste par rapport aux fermiers africains démunis.
Ces pays doivent abaisser les barrières relatives aux tarifs ou non
en ce qui concerne les produits africains : il sagit par exemple de
cesser lapplication bureaucratique des règles de lorigine,
qui excluent les biens africains des préférences qui leur sont
réservées.
Doù viendra largent
: les ressources
Pour soutenir les changements qui ont débuté en Afrique, nous
demandons 25 milliards de dollars américains supplémentaires
par an pour laide, et ce avant lan 2010. Les pays donateurs devront
sengager immédiatement pour fournir leur contribution.
Sous réserve de lévaluation des progrès effectués
alors, une seconde étape serait mise en place et impliquerait 25 milliards
de dollars américains supplémentaires par an, pour 2015.
Sassurer que largent sera bien dépensé dépend
de deux facteurs. Tout dabord, la bonne gouvernance en Afrique doit
poursuivre ses progrès. Deuxièmement, les donateurs devront
cependant améliorer la qualité de laide et la manière
dont celle-ci est distribuée : cela signifie davantage de dons, une
aide plus prévisible et moins liée, ainsi que des processus
de dons moins lourds par rapport aux administrations déjà surchargées
des pays africains.
Tout ceci doit également mieux être harmonisé avec laide
dautres donateurs et avec les priorités, procédures et
systèmes des gouvernements africains. Ces dons doivent par-dessus tout
être fournis dune manière à ce que les gouvernements
soient responsables principalement envers leur propre peuple.
Ces changements sont nécessaires non seulement en ce qui concerne
les nations donatrices individuelles mais aussi pour les institutions multilatérales
africaines et autres.
La Banque pour le Développement Africain doit être renforcée
et le rôle de la Commission Economique Africaine élargi. Le FMI
et la Banque Mondiale doivent placer le développement de lAfrique
en priorité absolue. Ces deux institutions doivent également
commencer à être davantage responsables envers leurs actionnaires
et leurs clients ; elles doivent également donner à lAfrique
une voix plus forte dans leur processus de prise de décision.
Les pays riches devront sengager pour un calendrier visant un don de
0,7 pour cent de leurs revenus annuels en assistance. Afin de fournir la masse
critique daide dont le continent a actuellement besoin, cette aide sera
fournie directement par la mise en uvre immédiate des Ressources
Financières Internationales.
Pour les pays pauvres de lAfrique subsaharienne qui en ont besoin,
lobjectif doit être lannulation à 100% de la dette
aussitôt que possible. Cela doit faire partie de lensemble financier
destiné à ces pays dont ceux qui sont exclus des systèmes
de dettes actuels afin que nous puissions atteindre les Objectifs de
Développement du Millénaire, comme cela la été
promis à Monterrey et à Kananaskis.
Des actions audacieuses ; un nouveau type
de partenariat
Des actions complètes et audacieuses à léchelle
nécessaire pour affronter ces défis ne peuvent être effectuées
que par un nouveau type de partenariat.
Dans le passé, des approches contractuelles et conditionnelles ont
été essayées et ont échoué. Nous suggérons
un nouveau type de développement fondé sur une solidarité
et un respect mutuels, et ancrés dans une analyse appropriée
de ce qui fonctionne en réalité.
Cela peut accélérer les progrès, en utilisant les récents
développements positifs apparus en Afrique, vers un monde juste dont
fait partie lAfrique.
Lors dun entretien qui a eu lieu à Johannesburg le 28 février,
Hilary Benn, ministre britannique du développement international et
membre de la Commission pour lAfrique, a déclaré que le
but du rapport de la Commission était de « soutenir et dapporter
un complément au travail de lUA et du NEPAD ».